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  • 25 août 1942 : l’incorporation de force

    Un bref rappel historique s’impose.

    Après l’armistice du 22 juin 1940, l’Alsace est un territoire occupé administré par le chef de l’administration civile (gauleiter) du Pays de Bade, Robert Wagner, sous le contrôle de l’armée d’occupation.  Le 4 juillet, l’Allemagne décide, de manière unilatérale, de rétablir l’ancienne frontière franco-allemande de 1871. Le 2 août 1940, un décret de Hitler confie l’administration du territoire au gauleiter : l’armée n’a plus aucun droit de regard sur les affaires civiles. Le 7 août, l’Alsace cesse d’être un territoire occupé pour devenir partie intégrante du Reich. L’autorité de Wagner est renforcée par un second décret (18 octobre 1940) qui le nomme gauleiter du Reichsgau Oberrhein regroupant l’Alsace et le Pays de Bade. Il dispose dès lors des pleins pouvoirs, n’ayant de comptes à rendre qu’au seul Führer.

    Ordonnance.jpg

    Les “Malgrés-nous“

    Le 24 août 1942, le gauleiter Wagner signe une ordonnance qui prendra effet dès le lendemain : les Alsaciens sont désormais contraints d’effectuer leur service militaire dans l’armée allemande, en violation de la convention de La Haye de 1907 (notamment les articles 23 et 45). Le but avoué de cette incorporation de force est avant tout idéologique, il vise à renforcer le processus de germanisation et d’intégration de l’Alsace dans le Reich. Du moins dans un premier temps, car la défaite de Stalingrad (qui coûté 380 000 hommes à la Wehrmacht) oblige l’armée allemande à trouver de nouvelles recrues.
    Wagner ira encore plus en incorporant d’office la moitié de la classe 1926 dans la Waffen SS en février 1944, puis, en avril, une proportion encore plus importante des classes 1908 à 1910 et, enfin, en novembre (alors qu’une grande partie du territoire français est libéré et qu’à la fin de ce même mois, les troupes alliées libéreront Mulhouse et Strasbourg !) c’est au tour de la classe 1927 (des jeunes hommes de 17 ans).
    Si, au début, un certain nombre d’appelés envisage la fuite pour échapper à l’incorporation, les mesures de rétorsion (exécution sommaire, mise sous séquestre des biens, déportation des familles - 3 543 personnes déportées en 1943 -.…) auront raison des plus velléitaires.
    21 classes d’âge ont été concernées (de 1908 à 1928) soit environ 100 000 Alsaciens. 35000 ont été tués ou portés disparus (dont 13 000 sur le front de l’Est), plus de 30 000 ont été blessés (dont 10 000 grièvement), plus de 17 000 ont péri dans les camps russes.
    Ceux détenus dans des camps soviétiques ne rentreront que par petites vagues jusqu’en 1947, quelques retours isolés ayant lieu jusqu’en avril 1955, lorsque le dernier d’entre-eux, Jean-Jacques Remetter ne regagne enfin à Strasbourg.
    Il faudra encore attendre de nombreuses années pour que la situation particulière des “Malgré-Nous“ soit enfin reconnue.
    Un hommage solennel leur a été rendu le 8 mai 2010, place Rapp à Colmar, par le président Sarkozy.

     

  • Jean Macé : tout a commencé à Beblenheim

    JeanMace.jpgUne fois de plus, l’homme du jour n’est pas Alsacien, mais c’est en Alsace qu’il a réalisé l’œuvre de sa vie. Si son nom est connu (de nombreux établissements scolaires lui sont dédiés), l’homme l’est beaucoup moins. Jean Macé est né le 22 août 1815 à Paris.

    Boursier, il fait ses études au collège Stanislas à Paris dont il sort bachelier ès-lettres à l’âge 20 ans. Si l’on sait peu de chose sur la période qui a suivi la fin de ses études, on trouve un article de sa plume dans le numéro du 15 janvier 1842 de la “Revue des Deux-Mondes“. Peu de temps après, il effectue son service militaire à Rouen avant de devenir secrétaire de son ancien professeur d’histoire jusqu’au décès de celui-ci, en 1847. L’année suivante voit ses débuts en politique : «J’approchais alors de trente-trois ans, a-t-il écrit plus tard, et je ne m’étais encore jamais occupé de politique ; autrement dit, je n’avais pas pris au sérieux jusque-là mes devoirs de citoyen, dont on ne m’avait pas assez parlé quand j’étais à l’âge où l’on doit vous parler de ces choses-là. Je n’oublierai jamais ce moment de ma vie où les idées de patrie et de justice se dressèrent pour la première fois, de toute leur hauteur, devant moi, et entrèrent en maîtresses dans mon esprit, qu’elles n’avaient fait encore qu’effleurer. Je restai enfermé dans ma petite chambre, sans presque dormir ni manger, tant que dura ce travail entièrement nouveau pour moi.».

    Il publie “Lettres d’un garde national à son voisin“ sous le pseudonyme de Jean Moreau et s’engage activement, publie “Les Vertus du républicain“ puis, de novembre 1848 à juin 1849, dirige le Bureau de propagande socialiste. Il est l’un des trois commissaires chargés de veiller au bon déroulement de la marche du 13 juin 1849, mais l’échec de cette journée et les poursuites contre les organisateurs, l’oblige à fuir et il se réfugie chez un ami en Normandie jusqu’à ce qu’il bénéficie d’un non-lieu.

    En 1850, en déplacement en Alsace dans le cadre de son travail au journal “La République“, il visite le pensionnat de jeunes filles du Petit-Château de Beblenheim. Quelques mois plus tard, après le coup d’État du 2 décembre 1851, c’est là que Jean Macé viendra trouver refuge en tant que professeur. Tout en enseignant, il rédige des ouvrages de vulgarisation : “L’histoire d’une bouchée de pain, ou la digestion racontée aux enfants“, “les Serviteurs de l’Estomac“, “le Théâtre et les Contes du Petit-Château“, “l’Arithmétique du Grand-Papa“…
    En 1863, il crée la Société des bibliothèques communales du Haut-Rhin.
    L’année suivante, avec l’éditeur Pierre-Jules Hetzel, ancien condisciple à Stanislas et républicain exilé en Belgique, il créé “Le Magasin d’éducation et de récréation“, journal ayant pour but est de diffuser les connaissances de manière ludique qui se verra décerné, en 1867, le Prix Montyon de l’Académie Française, qui récompense l’engagement en faveur de la diffusion du savoir.
    Le 25 octobre 1866, dans le journal “L’Opinion nationale“, il lance un appel pour la création d’une Ligue de l’enseignement, s’inspirant de l’exemple belge : «Une coalition organisée dans tous nos départements, entre tous les hommes de bonne volonté qui ne demandent qu’à travailler à l’enseignement du peuple, sans plus, cette coalition ne serait pas de trop pour ce que nous avons à faire. Pourquoi, puisqu’on parle de remanier notre système militaire, pourquoi, à côté de l’armée régulière, ne chercherions-nous pas à organiser aussi la landwehr de l’enseignement ?». Un appel qu’il renouvelle le mois suivant : « Je fais appel à tous ceux qui conçoivent la Ligue future comme un terrain neutre, politiquement et religieusement parlant, et qui placent assez haut la question de l’enseignement populaire, dans le sens strict du mot, pour accepter de la servir toute seule sur ce terrain-là, abstraction faite du reste».

    Pour Jean Macé, fervent défenseur du suffrage universel, celui-ci doit avoir “un corollaire indispensable“, l’instruction obligatoire. Une pétition, partie de Strasbourg, avait rassemblé 350 000 signatures en faveur de cette instruction obligatoire, gratuite et laïque. Macé reprend l’idée et réunit  près d’un million de signatures qu’il va déposer à l’Assemblée nationale, le 19 juin 1872.
    Entre-temps, l’Alsace avait été annexée et le pensionnat de jeunes filles du Petit-Château transféré à Monthiers, près de Château-Thierry. C’est là que décède Jean Macé, le 13 décembre 1894, après avoir vu ses idées concrétisées par l’instauration de l’école de la République en 1882 et obtenu la reconnaissance par son élection comme “sénateur inamovible“ par 134 voix sur 211, le 6 décembre 1883.

  • Jean-Paul de Dadelsen

    Dadelsen.jpgJean-Paul de Dadelsen est né à Strasbourg le 20 août 1913.
    En 1927, la famille déménage à Hirsingue où son père obtient une charge de notaire. Dans le train qui l’emmène au collège d’Altkirch, il fait la connaissance d’Eugène Guillevic (le père du futur poète, gendarme, était alors en poste à Ferrette). Il poursuit ses études au Lycée Louis-le-Grand à Paris et, en 1936, est reçu premier à l’agrégation d’allemand. Il commence alors une carrière de professeur et de traducteur.

    En 1942, il rejoint Londres et les Forces Françaises Libres comme officier parachutiste. Par la suite, il sera correspondant étranger du journal “Combat“ de son ami Albert Camus et chroniqueur à la B.B.C avant de devenir conseiller à l’Institut International de la Presse à Zurich.
    Il ne commence réellement à écrire qu’en 1952 et ce n’est qu’en 1955 que paraît son premier texte, “Bach en automne“, dans la NRF.
    Il meurt le 22 juin 1957 à Zurich, d’un cancer au cerveau.

    Le collège de Hirsingue porte son nom.

    Son oeuvre :
    Bach en automne (NRF n° 35, 1955)
    L’invocation liminaire de Jonas, La fin du jour, Peupliers et trembles (Les Cahiers des Saisons, 1956)
    Guitares, la dernière nuit de la pharmacienne, Dépassé, Provisoirement (in Preuves, 1957)
    Jonas (Gallimard, 1962)
    Bach en automne (les Bibliophiles de l’Est, 1979)
    Goethe en Alsace (Le Temps qu’il fait, 1995)
    Jonas suivi de Les Ponts de Budapest et autres poèmes (Collection Poésie/Gallimard N° 405, 2005).