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  • Pierre Dac

    Dac.jpgC'est un 15 août, en 1893, que naquit Pierre Dac. Bien que lui soit né à Châlons (alors "sur Marne", aujourd'hui "en Champagne"), ses parents sont originaires de Niederbronn. Lors d'une intervention, restée fameuse, sur les ondes de Radio Londres, il a revendiqué avec force son héritage alsacien.

    Si l’humoriste est encore connu, beaucoup ont oublié (mais l’ont-ils jamais su ?) le rôle de Pierre Dac durant la guerre. Dès 1941, il rejoint la Résistance, est fait prisonnier deux fois, s’évade deux fois, gagne Londres et, à partir de 1943, devient l’une des voix de Radio Londres, brocardant le régime de Vichy et la collaboration.

    Il devient l’une des cibles de Philippe Henriot, figure de la collaboration et éditorialiste de Radio-Paris, qui, le 10 mai 1944, l’attaque de front en évoquant ses origines juives et en rappelant que son véritable nom est André Isaac et qu’il est le fils de Salomon Isaac et de Berthe Kahn

    «... Dac s’attendrissant sur la France, c’est d’une si énorme cocasserie qu’on voit bien qu’il ne l’a pas fait exprès. Qu’est-ce qu’Isaac, fils de Salomon, peut bien connaître de la France, à part la scène de l’ABC où il s’employait à abêtir un auditoire qui se pâmait à l’écouter ? La France, qu’est-ce que ça peut bien signifier pour lui ?...»

    Le lendemain, Pierre Dac lui répond au micro...

    «M. Henriot s’obstine; M. Henriot est buté. M. Henriot ne veut pas parler des Allemands. Je l’en ai pourtant prié de toutes les façons : par la chanson, par le texte, rien à faire. Je ne me suis attiré qu’une réponse pas du tout aimable - ce qui est bien étonnant - et qui, par surcroît, ne satisfait en rien notre curiosité. Pas question des Allemands.

    C’est entendu, monsieur Henriot, en vertu de votre théorie raciale et national-socialiste, je ne suis pas français. A défaut de croix gammée et de francisque, j’ai corrompu l’esprit de la France avec "L’Os à moelle". Je me suis, par la suite, vendu aux Anglais, aux Américains et aux Soviets. Et pendant que j’y étais, et par-dessus le marché, je me suis également vendu aux Chinois. C’est absolument d’accord. Il n’empêche que tout ça ne résout pas la question: la question des Allemands. Nous savons que vous êtes surchargé de travail et que vous ne pouvez pas vous occuper de tout. Mais, tout de même, je suis persuadé que les Français seraient intéressés au plus haut point, si, à vos moments perdus, vous preniez la peine de traiter les problèmes suivants dont nous vous donnons la nomenclature, histoire de faciliter votre tâche et de vous rafraîchir la mémoire :
    Le problème de la déportation;
    Le problème des prisonniers;
    Le traitement des prisonniers et des déportés;
    Le statut actuel de l’Alsace-Lorraine et l’incorporation des Alsaciens-Lorrains dans l’armée allemande;
    Les réquisitions allemandes et la participation des autorités d’occupation dans l’organisation du marché noir;
    Le fonctionnement de la Gestapo en territoire français et en particulier les méthodes d’interrogatoire
    Les déclarations du Führer dans Mein Kampf concernant l’anéantissement de la France.

    Peut-être me répondrez-vous, monsieur Henriot, que je m’occupe de ce qui ne me regarde pas, et ce disant vous serez logique avec vous-même, puisque dans le laïus que vous m’avez consacré, vous vous écriez notamment : «Mais où nous atteignons les cimes du comique, c’est quand notre Dac prend la défense de la France ! La France, qu’est-ce que cela peut bien signifier pour lui ?»

    Eh bien ! Monsieur Henriot, sans vouloir engager de vaine polémique, je vais vous le dire ce que cela signifie, pour moi, la France.

    Laissez-moi vous rappeler, en passant, que mes parents, mes grands-parents, mes arrière-grands-parents et d’autres avant eux sont originaires du pays d’Alsace, dont vous avez peut-être, par hasard, entendu parler ; et en particulier de la charmante petite ville de Niederbronn, près de Saverne, dans le Bas-Rhin. C’est un beau pays, l’Alsace, monsieur Henriot, où depuis toujours on sait ce que cela signifie, la France, et aussi ce que cela signifie, l’Allemagne. Des campagnes napoléoniennes en passant par celles de Crimée, d’Algérie, de 1870-1871, de 14-18 jusqu’à ce jour, on a dans ma famille, monsieur Henriot, lourdement payé l’impôt de la souffrance, des larmes et du sang.

    Voilà, monsieur Henriot, ce que cela signifie pour moi, la France. 

    Alors, vous, pourquoi ne pas nous dire ce que cela signifie, pour vous, l’Allemagne ?

    Un dernier détail : puisque vous avez si complaisamment cité les prénoms de mon père et de ma mère, laissez-moi vous signaler que vous en avez oublié un, celui de mon frère. Je vais vous dire où vous pourrez le trouver ; si, d’aventure, vos pas vous conduisent du côté du cimetière Montparnasse, entrez par la porte de la rue Froidevaux ; tournez à gauche dans l’allée et, à la 6e rangée, arrêtez-vous devant la 8e ou la 10e tombe. C’est là que reposent les restes de ce qui fut un beau, brave et joyeux garçon, fauché par les obus allemands, le 8 octobre 1915, aux attaques de Champagne. C’était mon frère. Sur la simple pierre, sous ses nom, prénoms et le numéro de son régiment, on lit cette simple inscription: «Mort pour la France, à l’âge de 28 ans». 

    Voilà, monsieur Henriot, ce que cela signifie pour moi, la France.

    Sur votre tombe, si toutefois vous en avez une, il y aura aussi une inscription.Elle sera ainsi libellée :
    Philippe Henriot
    Mort pour Hitler,
    Fusillé par les Français...

    Bonne nuit, monsieur Henriot. Et dormez bien

    Henriot fut abattu le 28 juin 1944 par la Résistance.

    Ce que Pierre Dac ne dit pas dans ce texte, c’est qu’il a lui-même été au front, de 1914 à 1918, et blessé deux fois !

    A son retour, il exerce plusieurs petits métiers puis, dans les années 30, commence une carrière de chansonnier dans différents cabarets. En 1935, il arrive à la radio où il créé “La course au trésor“, une émission humoristique, et anime “la Société des Loufoques“. Des loufoques qui auront leur journal officiel en 1935, lorsqu’il fonde “L’os à moelle“. A près la parution de son numéro 109, le 7 juin 1940, l’équipe est contrainte de fuir Paris avant l’arrivée des troupes d’occupation.
    Pierre Dac se réfugie à Toulouse, dans un premier temps, avant de rejoindre Londres qu’il atteint après deux tentatives qui s’étaient soldées par des arrestations.

    De retour à Paris, après la Libération, il reprend sa carrière en duo avec Francis Blanche. Suivront de nombreux sketches (dont le fameux "Sâr Rabindranath Duval" en 1957) et des feuilletons radiophoniques : "Malheur aux barbus" (213 épisodes de 1951 à 1952), "Signé Furax" (1 034 épisodes entre 1956 et 1960) et "Bons baisers de partout" (740 épisodes). Il est l’inventeur du Schmilblick, qui “ne sert absolument à rien et peut donc servir à tout“. Entre 1964 et 1966 il fait publier à nouveau L’Os à Moelle.

    En 1965, il se déclare candidat à la présidentielle, soutenu par le MOU (Mouvement ondulatoire unifié) qui a pour le slogan “Les temps sont durs ! Vive le MOU !“ mais, pour ne pas se fâcher avec le général de Gaulle, l’ancien résistant renonce et abandonne sa campagne.
    En 1972, à Meulan, un square et une statue sont inaugurés en son honneur.
    Il meurt à Paris le 9 février 1975.

    Pierre Dac était chevalier de la Légion d’honneur, Croix de guerre 1914-1918 et 1939-1945 (avec deux palmes et cinq étoiles) et médaille de la Résistance.

     

  • 7 août 1940 : annexion de fait de l'Alsace

    Le sort de l’Alsace et de la Moselle n’était évoqué dans aucune des clauses de l’armistice du 22 juin 1940 et c’est donc de manière unilatérale que l’Allemagne décide de rétablir l’ancienne frontière franco-allemande de 1871, le 4 juillet 1940.

    Le 18  juillet, des dirigeants autonomistes pro-nazi signent le manifeste des Trois-Épis, une demande officielle adressée à Hitler d’annexion de l’Alsace au Reich.

    Le 2 août 1940, l’Alsace et la Moselle cessent d’être un territoire français militairement occupé et deviennent provinces d’origine allemande recouvrées par le IIIe Reich.

    Le 7 août, Joseph Bürckel, Gauleiter de Saarpfalz (Sarre-Palatinat), et Robert Wagner, Gauleiter de Baden (Pays de Bade), sont nommés respectivement chef de l’administration civile en Moselle et en Alsace ce qui revient à prononcer de fait l’annexion pure et simple de l’Alsace-Moselle par l’Allemagne. L’ancien Reichsland “Elsass-Lothringen“, tel qu’il existait entre 1871 et 1918, n’est pas reconstitué : la Moselle et Saarpfalz forme un nouveau Gau, Westmark, tandis que l’Alsace est intégrée dans le Gau “Oberrhein“ avec le Pays de Bade. Les administrateurs civils respectifs disposent de pouvoirs spéciaux et ne sont responsables que devant le Führer.

    Les préfets et sous-préfets sont démis de leurs fonctions, l’administration française est supprimée au profit de l’administration allemande dont les postes à responsabilités sont confiés à des fonctionnaires venus d’Allemagne. Pour les postes subalternes, les fonctionnaires alsaciens qui désirent conserver leur emploi sont contraint de signer une déclaration d’allégeance au Führer ce qui est en flagrante contradiction avec l'article 45 de la Convention de La Haye de 1907 : "Il est interdit de contraindre la population d’un territoire occupé à prêter serment à la Puissance ennemie“.

    Dès le mois de septembre suivant, les établissements scolaires adoptent l’enseignement allemand. Les écoles confessionnelles sont interdites, les séminaires fermés et les religieux-enseignants licenciés. Les facultés de théologie de Strasbourg sont fermées au profit de celles de Heidelberg et Freiburg. Le concordat est aboli et la cathédrale de Strasbourg, fermée au culte, est destinée à devenir un monument national du Reich.
    Les réfugiés sont incités à rentrer alors que, dans le même temps, commencent les expulsions des “indésirables“ (les juifs, les nord-africains, les Tsiganes, les hauts-fonctionnaires, les Français installés après 1918, les francophiles…) qui se poursuivront jusqu’en 1943. Ces expulsées (ils seront environ 45 000) ont moins d’une heure pour quitter leur domicile. Ils n’ont droit qu’à 50 kg de bagages et 2 000 francs d’argent liquide. Ils doivent en outre signer une déclaration par laquelle ils s’engagent à ne pas revenir en Alsace. Leurs biens, théoriquement mis sous scellés, sont en fait saisis.

  • Jean-Georges Humann, le premier ministre alsacien !

    Humann.jpgPartisan d'un strict équilibre budgétaire, il avait (déjà) attiré l'attention sur l'importance de la dette de l'état ! Jean-Georges Humann a été le premier Alsacien à occuper une fonction ministérielle.

    Jean-Georges Humann est né le 6 août 1780 à Strasbourg, où son père (issu d’une famille de paysans de Fessenheim-le-Bas, dans le Kochersberg) était employé municipal. A 14 ans, il entre en apprentissage dans une fabrique de tabac, puis se lance dans l’épicerie. Devenu négociant en denrées coloniales à 19 ans, il se trouve rapidement à la tête d’une fortune considérable.

    Il devient alors membre de la Chambre de commerce de Strasbourg, juge au tribunal de commerce (1811, maintenu en 1814) et membre de la commission administrative des hospices civils (1816, renouvelé en 1821). En 1814, il est envoyé à Paris par la Chambre de commerce de Strasbourg pour plaider la cause des intérêts économiques de la région. Il est nommé membre du Conseil général du commerce (présidé par le ministre de l’Intérieur, le comte de Corbière) et se spécialise dans les questions financières.

    Tout en continuant à développer ses affaires (il créé une compagnie d’assurances, une compagnie rhénane de navigation à vapeur, la compagnie des Forges d’Audincourt et les Salines de l’Est, développe une raffinerie de sucre…), il entame une carrière politique et est élu député du Bas-Rhin en 1820, puis réélu en 1824. Il perd les élections suivantes, mais profite d’une élection partielle en Aveyron (où il avait des affaires) pour se faire élire dans ce département en 1828. Il devient ensuite rapporteur de la commission du budget.

    Le 11 octobre 1832, il est nommé ministre des Finances, fonction qu’il occupe jusqu’au 18 janvier 1836, date à laquelle il est contraint de démissionner suite à la présentation, devant l’assemblée, d’un nouveau projet de conversion des rentes désapprouvé par le gouvernement. Malgré sa démission, la polémique soulevée par ce projet entraîne la chute du gouvernement. Le roi Louis-Philippe lui offre alors de former un nouveau gouvernement, mais Humann refuse et rentre à Strasbourg.

    En 1837, il est nommé pair et revient à la politique. Le 29 octobre 1840, il est une nouvelle fois, nommé ministre des Finances. Partisan du strict équilibre budgétaire et hostile à de nouveaux impôts, il décide d’améliorer la perception de ceux qui existent déjà, notamment les droits de transmission d’offices (désormais fixés d’après la valeur réelle de l’office), les droits sur les boissons et l’impôt sur les portes et fenêtres. Pour ce dernier, il ordonne un recensement général des habitations qui révélera qu’un demi-million de bâtiments échappaient à l’impôt !

    Le 24 avril 1842, en fin de matinée, alors qu’il est en train de rédiger une note à son bureau au ministère, Jean-Georges Humann est foudroyé par une congestion cérébrale.