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D'r Elsass blog fum Ernest-Emile - Page 2

  • La Goulue, danseuse, modèle de Toulouse-Lautrec et… Alsacienne !

    livre-recto-la-goulue.jpegVoici un personnage dont beaucoup ne soupçonnent même pas les origines alsaciennes et pourtant…

    Car, si c’est à Clichy-la-Garenne, le 13 juillet 1866, qu’est née Louise Weber, ses parents n’avaient quitté leur Alsace natale qu’en 1860.
    Son père, Dagobert, est né le 11 décembre 1828 à Geispolsheim. Louise est encore très jeune lorsque sa mère quitte le foyer conjugal. C’est sa soeur aînée, Marie-Anne, qui aide son père à élever ses deux jeunes soeurs et son frère.
    La petite fille adore danser et fait ses premiers pas sur scène à l’occasion de la fête de Noël des Alsaciens-Lorrains, une fête présidée par Victor Hugo et la comtesse de Chalibran. Cette dernière avait, dans une autre vie, été danseuse vedette du “Bal Mabille“ sous le nom de Céleste Mogador et avait inventé le “quadrille naturaliste“ !
    Dans “Moi, La Goulue de Toulouse-Lautrec : Les mémoires de mon aïeule“, son arrière-petit-fils rapporte cette anecdote : lors de cette fête, la petite fille voit un homme portant une barbe blanche « Est-ce vous le bon Saint Nicolas ? ». L’homme lui répond « Peut-être bien ». Elle lui saute sur les genoux et lui fait une bise. C’était Victor Hugo !

    Quelques années plus tard (Louise a alors 12 ans), son père meurt et les enfants sont placés quelque temps chez des religieuses jusqu’à ce que son oncle Pierre vienne d’Alsace pour s’occuper d'eux.
    Faut-il y voir un signe du destin ? Pour sa communion solennelle, Louise porte un tutu et des chaussons empruntés à une voltigeuse !

    A 15 ans, elle rencontre Edmond Froelicher, un jeune artilleur lorrain, avec lequel elle s’installe dans une petite chambre des Batignolles. La Mogador la présente à Thérésa, chanteuse populaire dont le mari, Donval, dirigeait le "Nouveau cirque". Louise y apprendra l’acrobatie et le domptage. Elle fait également la connaissance de “Grille d’égout“, qui avait ouvert le premier cours de cancan à Montmartre et qui l’admet dans ce cours.
    Son service militaire achevé, Edmond Froelicher retourne en Lorraine (avec le frère de Louise) pour y travailler. Ce sera la fin de leur histoire. Pour vivre, la jeune fille travaille dans une blanchisserie, pose pour des peintres (dont Renoir en 1885) et des photographes, danse dans de petits cabarets… Elle fait ainsi la connaissance de Charles Desteuque (surnommé “l’Intrépide Vide-Bouteilles“) chroniqueur au journal “Gil Blas“ et découvreur de talents. C’est lui qui avait lancé la danseuse et demi-mondaine Emilienne d’Alençon, l’une des “Trois Grâces“ de la Belle Époque, avec Liane de Pougy et Caroline “la belle“ Otero. Avec lui, elle découvre un nouvel univers, fréquente le “Grand Véfour“…
    Mais ce “demi-monde“ ne la séduit pas. Elle le quitte pour Charles Tazzini, déménageur de profession et danseur à ses heures. Une brève liaison avec un jeune diplomate, Gaston Chilapane dit "Goulu Chilapane", lui vaudra son surnom : «Le journaliste Gabriel Astruc, ami de Thérésa, rapport à Goulu Chilapane, et à ma boulimie de vivre autant que d’manger me donna le “La“. Il a également féminisé le nom : “La Goulue“. C’était mordant. Ça donnait envie d’croquer».

    Goulue1.jpegA cette époque, elle se produit à l’Alcazar pour la saison d’hiver. Puis on la retrouve sur les Champs-Elysées, vendant des friandises tout en continuant à se produire dans des cabarets comme chanteuse et danseuse, notamment au “Concert Parisien“, puis à “l’Elysée-Montmartre“ où elle rencontre Jules Renaudin dit “Valentin le désossé“, qui deviendra son partenaire, et Toulouse-Lautrec.

    Le 6 octobre 1889, le “Moulin Rouge“ ouvre ses portes sur l’emplacement de l’ancien bal de “la Reine Blanche“. Les deux danseurs en seront les vedettes.
    Deux hommes sont à l’origine de ce nouveau cabaret, Charles Zidler et Joseph Oller. Le premier passera commande à Toulouse-Lautrec de la célèbre affiche représentant La Goulue et Valentin le désossé. Le second, également inventeur du pari mutuel, avait fait installer des montagnes russes, boulevard des Capucines, puis les avait fait démonter pour construire, sur cet emplacement, l’Olympia qu’inaugurera La Goulue le 12 avril 1893.

    Devenue riche et célèbre, La Goulue loue l’hôtel de la Paiva sur les Champs-Elysées : elle y laissera toutes ses économies et reprendra sa carrière.
    En décembre 1895, elle accouche de son fils unique, Simon Victor, de père inconnu.

    Ayant pris ses distances avec le milieu de la danse, elle se consacre au dressage de fauves !
    Le 10 mai 1900, elle épouse un prestidigitateur, Joseph-Nicolas Droxler, qu’elle initie au dressage. Agressé par leurs lions, ils mettent un terme à leur carrière de dompteur et se séparent. Elle devient comédienne, jouant même son propre rôle sur la scène des Bouffes du Nord.

    En 1923, son fils, âgé de 27 ans, meurt. Durement touché par ce deuil, elle sombre dans l’alcoolisme. Elle travaille encore un temps avec Rétoré, chiffonnier et brocanteur aux puces de Saint-Ouen.
    Lors de la réouverture du “Moulin Rouge“, en 1925, les vedettes de l’époque (Mistinguett, Maurice Chevalier, Jean Gabin) la font remonter sur scène pour présenter l’ancienne vedette de l’établissement aux spectateurs. Ce regain de popularité est de courte durée et elle vit, retirée, en été dans sa roulotte installée dans une cour où elle recueille des animaux malades et en hiver dans son petit appartement du boulevard de Clichy à Montmartre.

    Souffrant de rétention d’eau, elle est admise à l’hopital Lariboisière où elle décède le 29 janvier 1929. Elle est enterrée au cimetière de Pantin.

    A l’initiative de son arrière-petit-fils, Michel Souvais, elle est exhumée en 1992 et ses cendres sont transférées au cimetière de Montmartre. Près de deux mille personnes assistent à cette cérémonie !

     

  • Sébastien Stoskopff

    Il y a Stoskopf et Stoskopff… Ne pas confondre ! Les dialectophones connaissent bien Gustave Stoskopf, l’un de nos plus éminents auteurs dont les pièces sont très régulièrement à l’affiche des théâtres alsaciens. On connaît aussi son fils, Charles-Gustave, architecte et urbaniste, fondateur de l’Institut des Arts et Traditions Populaires d’Alsace. On connaît un peu moins Sébastien Stoskopff, peintre strasbourgeois baptisé le 13 juillet 1597.

    Jusque dans les années 1930, son oeuvre était largement tombée dans l’oubli. Nous devons sa redécouverte à Hans Haug, directeur des musées de Strasbourg, mais c’est surtout une exposition consacrée aux peintres de la réalité, au Musée de l’Orangerie en 2006, qui révèle au grand public l’un des maîtres de la nature morte.

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    Nature morte aux verres et au pâté (Musée de l’Oeuvre Notre-Dame, Strasbourg)

     

    Sébastien Stoskopff est baptisé né Strasbourg. Comme souvent à cette époque, la date de naissance n'est pas connue de manière sûre, mais on connaît celle de son bâptème, le 13 juillet 1597. Son père prend rapidement conscience du talent de son fils et, en décembre 1614, demande l’aide de la municipalité pour placer son fils en apprentissage auprès d’un maître connu, Daniel Soreau, à Hanau. A la mort de celui-ci, en 1619, c’est Stoskopff qui reprend la direction de l’atelier. En 1622, il gagne Paris où il peindra la première oeuvre datée et signée de son nom, “Nature morte aux livres et à la chandelle“ (huile sur bois, 1625. Museum Boymans van Beuningen, Rotterdam). Stoskopff fait un voyage en Italie (il existe des traces de son passage à Venise en 1629), rentre à Paris, séjourne à Toyes en 1633, puis, en 1641 s’installe à Strasbourg. En 1656, sur l’insistance du comte Jean de Nassau, il s’installe à Idisheim, sur les terres de ce dernier. Il y décède le 10 février 1657.

     

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    La grande vanité (Musée de l’Oeuvre Notre-Dame, Strasbourg)

    Selon les spécialistes, il reste aujourd’hui environ 70 oeuvres identifiées de Stoskopff. On peut en voir aussi bien au Museum Boymans van Beuningen de Rotterdam, qu’à l’Institute of Arts de Detroit, au Kunstmuseum de Bâle, au Musée des Beaux-Arts de Lyon, au Metropolitan museum de New York, à l’ University Art Museum de Princeton, au Musée des Beaux-Arts André Malraux du Havre, au Louvre… mais la collection la plus importante se trouve au Musée de l’œuvre Notre Dame, à Strasbourg.

     

  • Germain Muller

    Germain.jpgGermain Muller est né le 11 juillet 1923 à Strasbourg.

    Peu intéressé par les études, il est renvoyé du lycée Kléber pour ses nombreuses absences. Son père réussit néanmoins à l’inscrire au lycée Fustel de Coulanges où il terminera ses études secondaires avant d’entrer dans la classe d’art dramatique du Conservatoire de Strasbourg. Il y est reçu major de sa promotion. Parallèlement, il anime des cours de théâtre avec Marcel Mangel, le futur mîme Marceau. Mais arrive 1939 et l’exode. Sa famille se réfugie à Bordeaux où il peut alors poursuivre ses études d’art dramatique (il est, encore une fois, major de sa promotion). Lorsque sa famille rentre en Alsace, c’est au Staatstheater de Karlsruhe qu’il termine ses études, ce qui lui fera dire plus tard : « Comme j’ai eu une double formation, française et allemande, de comédien, les Français m’engageaient pour tenir des rôles d’Allemand et les Allemands pour jouer les Français ! ».

    Comme la plupart des Alsaciens de sa génération, il est enrôlé de force dans la Wehrmacht en octobre 1943. Il déserte et se réfugie en Suisse. Dans le camp dans le quel il est interné, il organise des représentations théâtrales. Libéré en 1944, il rejoint la Première Armée française du général de Lattre de Tassigny et participe à la libération de Strasbourg.

    Démobilisé, il est engagé comme speaker bilingue à Radio Strasbourg. Il y produit également des émissions de variétés et y fait la connaissance de celle qui allait devenir son épouse, la comédienne et speakerine Dinah Faust. C’est également là qu’il rencontre un tout jeune comédien qui a pris pour pseudonyme le nom de jeune fille de sa mère, Ducerf. Ce fut le début d’une longue amitié et, lors de la disparition de Germain Muller, Jacques Martin (car c’est lui qui se cachait derrière Ducerf) lui dédia son “Dimanche Martin“.

    En 1946, Germain Muller créé son fameux “Barabli“, un spectacle alliant satyre politique, comédie et chanson. En 1949, il écrit (en cinq jours) ce que beaucoup considère comme son chef-d’œuvre “Enfin… redde m’r nimm devun !“ (Enfin… n’en parlons plus !), une pièce de théâtre qui fait revivre, avec son ton si personnel fait d’humour et de sensibilité, l’histoire d’une famille alsacienne (celle de l’instituteur Gustave Meyer) entre 1939 et 1945.

    En 1959, élu au conseil municipal de Strasbourg sur une liste indépendante, il rallie Pierre Pfimlin et devient adjoint au maire chargé des affaires culturelles. Sous son impulsion est créé le théâtre du Maillon, l’orchestre municipal (le doyen des orchestres français) devient Orchestre Philharmonique de Strasbourg et est le premier orchestre français à avoir sa propre salle de concert, le Palais de la Musique et des Congrès, mais, surtout, il est à l’origine de la fusion des opéras de Strasbourg et de Mulhouse avec la création de l’Opéra du Rhin, le premier opéra régional en France, qui deviendra très rapidement l’une des premières scène européennes. Germain Muller en sera le premier président et instituera la présidence tournante entre les trois villes qui compose le syndicat gestionnaire de la nouvelle structure.

    En 1989, il met un terme au “Barabli“ avec un dernier spectacle auquel participe, entre autres, Jacques Martin, membre de la troupe entre 1959 et 1962.

    Il meurt à Strasbourg le 10 octobre 1994.

    Il était Chevalier de la Légion d’honneur, Commandeur des Art et des Lettres, Officier dans l’Ordre national du Mérite, Officer of the Order of the British Empire et Chevalier de l’ordre du Danebrog.

    « C’est lui qui nous a montré que l’humanisme alsacien existe encore et il ne se passe pas un jour sans que je pense à lui »Tomi Ungerer.

    En 1964, il écrit la célèbre chanson “M’r senn schien’s d’Letschte“ (Nous sommes, paraît-il, les derniers) qui place les Alsaciens face à leurs responsabilités linguistiques et terminera chaque revue du Barabli.

    Mer senn schien’s d’Letschte, ja d’Allerletschte
    Vun dänne Lätze wo noch so bâbble,
    Wie de Schnâwel en gewachse-n-esch,
    Noch uns esch ferti mit däm Trâfari
    Un no wurd endli, im ganze Frankri
    Ge parlez-vous numme franzeesch.
    Un s’esch erächt eso, mer hanns e so gewellt,
    Un s’esch erächt eso, mer hann uns gern verkellt
    Vor luetter «Mueder loss’mi a met défiler»
    Wäje de Bändele, senn mer jetzt gar nix meh.